Après le transfert d’embryons qui permet de faire reproduire une jument pendant sa carrière sportive ou d’obtenir plusieurs poulains au cours de la même saison, le technique qui est en train de bousculer la reproduction équine et le commerce de la semence et des embryons est sans aucun doute l’I.C.S.I.
Mais quelle est donc cette technique ?
Le sigle I.C.S.I. est issu de l’anglais « Intra Cytoplasmic Sperm Injection », autrement dit l’injection d’un spermatozoïde dans le cytoplasme d’un ovocyte. Le leader européen de cette technique dérivée de ses travaux sur les porcins est sans aucun doute le laboratoire de Cesare GALLI et Giovanna LAZZARI situé à Cremona en Italie et baptisé AVANTEA. D’autres laboratoires ont développé cette technique au Danemark et aux Pays Bas à partir d’équipes composées de spécialistes ayant déjà travaillé à la F.I.V. (Fécondation In Vitro) en médecine humaine ou dans un laboratoire bovin.
Cette nouvelle technique de reproduction de déroule en 3 ou 4 étapes selon les cas :
La ponction d’ovocytes sur la jument donneuse,
La fécondation de ces ovocytes par injection de spermatozoïdes,
La congélation des embryons ainsi obtenus (facultative),
Le transfert de l’embryon frais ou après décongélation.
La ponction d'ovocytes

Les juments présentent de nombreux follicules sur chacune de leurs deux ovaires. A chaque chaleur, un, parfois deux, rarement trois de ces follicules vont de développer et libérer naturellement un ovocyte (voire 2 ou exceptionnellement 3) à la fin de leur croissance, ovocytes qui seront fécondés dans les voies génitales de la jument pour donner des embryons.
Lorsque la jument ne féconde plus, malgré des inséminations artificielles bien conduites avec de la semence de qualité ou des saillies effectuées en monte naturelle avec des étalons fertiles, il peut être intéressant d’aller ponctionner des ovocytes directement sur l’ovaire de la jument et de tenter de les féconder in vitro.
La récolte des ovocytes se déroule par ponction transvaginale écho guidée sur une jument préalablement sédatée placée dans une barre d’échographie. Le premier opérateur rapproche l’ovaire du cul sac vaginal par palpation transrectale pendant que le second opérateur introduit par le vagin l’aiguille de ponction fixée sur le guide de l’échographe. Le troisième opérateur va « flusher » les différents follicules en envoyant du liquide à l’intérieur afin de récupérer le liquide folliculaire et par la même occasion les ovocytes immatures fixés à la paroi de chaque follicule.
La fécondation in vitro

Comme nous venons de l’indiquer, les ovocytes sont encore immatures au moment de la ponction. Il faut donc dans un premier temps les rechercher dans le liquide de ponction puis les faire mâturer à 38,5°C avant de pouvoir les féconder. Contrairement à l’espèce bovine pour laquelle la fécondation in vitro est possible par la seule mise en présence des ovocytes et des spermatozoïdes, la fécondation artificielle des ovocytes équins nécessite l’injection du spermatozoïde directement dans le cytoplasme de l’ovocyte (I.C.S.I.) par un opérateur averti.
Ce travail s’effectue à l’aide d’un microscope muni d’une platine chauffante et d’un micromanipulateur qui permet, d’une main de fixer l’ovocyte (n chromosomes) et de l’autre d’attraper un spermatozoïde (n chromosomes) pour l’introduire dans le cytoplasme de l’ovocyte. L’embryon, ainsi constitué de 2n chromosomes, peut se développer et s’il arrive au stade morula ou jeunes blastocyste, peut être transféré dans une jument receveuse ou être congelé.
La congélation des embryons

Une fois de plus, l’espèce équine se distingue des bovins de par la capsule qui entoure son embryon. Cette capsule qui se forme à partir du cinquième jour de gestation et qui a probablement pour rôle d’éviter l’écrasement de l’embryon au cours de ses déplacements à l’intérieur de l’utérus complique les opérations de congélation des embryons fécondés in vivo et récoltés 6 ou 7 jours après l’ovulation.
Par contre, les embryons issus de fécondation in vitro par I.C.S.I. peuvent être congelés beaucoup plus jeunes, après 4 ou 5 jours de maturation, c’est-à-dire à un stade où il n’est pas possible de les récolter dans une jument par voie cervicale. De plus, l’introduction du spermatozoïde à l’aide d’une aiguille a créé une brèche dans la paroi de l’ovocyte qui facilite probablement aussi les opérations de congélation / décongélation. En tout état de cause, il est tout à fait possible de congeler ces jeunes embryons ce qui permet de différer le moment de la récolte de la période de transfert. Et cela présente plusieurs avantages.
Le premier est de s’affranchir de la nécessité de synchroniser les juments donneuses avec les juments receveuses. Le second est de pouvoir transporter et donc commercialiser les embryons dans le monde entier sans qu’ils ne se dégradent dans le transport. Enfin, les meilleures périodes pour ponctionner les ovocytes étant les intersaisons (octobre/novembre & janvier/février) cela permet de ne pas transférer les embryons aussitôt et de choisir la future date de naissance en fonction de la date de pose de chaque embryon.
Le transfert de l'embryon
Dernière étape et non des moindres, la pose des embryons issus d’I.C.S.I. Comme pour les embryons frais ou réfrigérés, il faut un suivi très rigoureux des juments receveuses afin de connaître précisément leur date d’ovulation.
S’il s’agit d’un embryon préalablement congelé, il faudra commencer par procéder à sa décongélation qui permettra de le réhydrater progressivement pour qu’il retrouve sa forme initiale. Le transfert sera ensuite effectué par voie cervicale, 4 à 5 jours après l’ovulation de la jument receveuse.
Quels sont les taux de réussite pour cette méthode ?
Dans la mesure où au cours de la première étape, les opérateurs ont ponctionné tous les follicules visibles à l’échographie, l’opération peut donner de 0 à plusieurs dizaines d’ovocytes mais il vaut mieux se baser sur une quinzaine d’ovocytes en moyenne par ponction si elle est effectuée par une équipe très expérimentée. A chaque étape (maturation des ovocytes / I.C.S.I./maturation des embryons & congélation), il y a malheureusement des pertes ce qui fait que les laboratoires de fécondation in vitro annoncent en moyenne entre 2 embryons « congelables » par ponction.
Au sein d’EQUITECHNIC, avons créé une équipe de ponction d’ovocytes avec le Docteur Audrey ROLLAND.qui fait aussi partie de notre équipe de transfert d’embryons. Nous mettons en place des embryons congelés depuis plusieurs saisons maintenant et atteignons des taux de réussite proches de ceux des embryons frais avec 65% de reprise.